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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 30/04/2017


L’autre guerre qui commence en Syrie


 Le conflit syrien a ceci de particulier qu’il est multidimensionnel. Plusieurs guerres s’y croisent depuis le début, mais qui ne se valent pas à tout moment au point de vue de l’intensité. Suivant les phases, c’est soit l’une soit l’autre qui non seulement occupe le devant de la scène mais semble les contenir, ou les résumer toutes. Le sentiment alors domine que de son issue dépend celles des autres. En fait, on a vite fait de s’apercevoir qu’il n’en est rien, que les autres composantes demeurent relativement autonomes, à la fois de celle qui a pris le pas sur les autres et de celles qui attendent de passer au premier plan. Si on met de côté la guerre contre Daech, dans laquelle tout le monde communie, en tout cas en apparence, il est possible de distinguer au moins quatre autres guerres différentes, directes ou par procuration : celle que se livrent les Syriens entre eux, la guerre civile proprement dite, la moins significative en elle-même et qui sert de couvertures aux trois autres ; celle qui opposent les puissances occidentales à la Russie pour la suprématie non seulement en Syrie et dans la région mais dans le monde ; celle qui met aux prises les monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, et l’Iran ; celle enfin, la plus discrète jusque-là, mais qui à partir de maintenant commencera à faire entendre sa musique propre, qui dresse Ankara contre le Parti des travailleurs kurde, ce dernier pris dans la diversité de ses incarnations, et qui elle aussi s’apparente à une guerre civile.

Le temps est venu pour que cette quatrième guerre, celle qui faisait le moins parler d’elle, tente de disputer la vedette aux autres. C’est du moins ce que veut le régime turc, qui fait tout pour que ce soit effectivement le cas. Il le veut d’autant plus que son chef, Erdogan, est parvenu à ses fins, en se faisant doter des pleins pouvoirs. Plus un dirigeant est investi de pouvoirs, plus sa responsabilité est grande dans ce qui peut arriver, et moins donc il a droit à l’erreur. Depuis longtemps la Turquie est en guerre contre le Parti des travailleurs, mais ce n’est que ces dernières années que le pouvoir turc est concentré entre les mains d’une seule personne. Or on ne peut régner en maître dans son pays et ne pas gagner une guerre. Ne parlons même pas de la perdre. On aura remarqué que le ton de la Turquie envers les Kurdes syriens, qu’elle accuse de collusion avec le Parti des travailleurs, est monté de plusieurs crans depuis le référendum constitutionnel, remporté pourtant de justesse par Erdogan. Tout récemment, Ankara a non seulement tué lors d’un raid aérien plus d’une dizaine de Kurdes syriens, à ce qu’elle dit en représailles au tir d’un missile de leur part, mais elle a averti l’allié américain qu’elle n’accepterait pas que les Kurdes participent à la bataille pour la libération de Raqqa. A la suite de quoi les Américains, qui veulent rester amis des uns et des autres, ont déployé une petite force d’interposition à la frontière, dont on voit mal comment elle pourrait être prise au sérieux si elle n’abattait pas au moins un avion turc, ou à défaut, si elle ne faisait pas échec à quelque incursion turque contre les Kurdes. Le régime Erdogan est en train de sommer les Etats-Unis de choisir entre lui et les Kurdes. Rien n’indique que ceux-ci sont disposés à lui donner satisfaction. On peut même être sûr du contraire. Mais il faut sans doute attendre le déclenchement de la bataille de Raqqa pour que le conflit entre Kurdes et Turcs, jusque-là en sourdine, donne sa pleine mesure, et en vient peut-être à prendre le dessus sur les autres guerres concomitantes.


 


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