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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 21/01/2019


Idlib aux mains des djihadistes


 En quelques jours seulement au début de ce mois de janvier, la section d’Al-Qaïda en Syrie, Hayat Tahrir Al-Cham, a pris le contrôle d’Idlib au nord de la Syrie, dans laquelle s’étaient repliés depuis des mois les groupes rebelles défaits dans leurs anciens bastions par l’armée syrienne aidée de ses alliés russes et iraniens. On avait cru que la coalition à la dévotion de la Turquie, Le Front national de libération, pour l’essentiel formé de groupes relevant de la fameuse Armée syrienne libre, notamment parce qu’elle jouissait d’une nette supériorité numérique, était de force non seulement à lui résister mais à prendre le dessus sur elle. Au bout du compte, il n’en a rien été. L’offensive de Tahrir Al-Cham l’a culbuté en un rien de temps, l’obligeant à se rendre, à croire qu’elle n’a été jusque-là qu’une fiction d’organisation entretenue par la Turquie pour des motifs purement égoïstes. A moins bien sûr que celle-ci ait choisi de ne pas venir à son aide pendant qu’elle subissait les attaques d’une organisation qu’elle-même pourtant avait fini par taxer de terroriste. Toujours est-il qu’avec cette prise de contrôle, l’accord passé à Sotchi entre les deux présidents russe et turc en septembre 2018, qui prévoyait la mise en place à Idlib d’une zone démilitarisée, est désormais cadu. La réalité, c’est que cet accord n’a jamais été appliqué, la Turquie n’ayant jamais ne serait-ce que tenté de désarmer les groupes retranchés à Idlib, et dont beaucoup répondent à ses ordres.
 

Mais maintenant qu’il faut être aveugle pour ne pas voir qu’elle ne vise à rien moins qu’à occuper durablement le nord de la Syrie, projet pour la réalisation duquel elle compte sur la neutralisation réciproque des Etats-Unis et de la Russie, il devient facile de comprendre pourquoi elle a laissé le FNL, son allié, se faire écraser par l’ex-Front Nosra. Ce que veut la Turquie, c’est repousser loin de ses frontières les unités kurdes, d’un côté comme de l’autre de l’Euphrate, pour y installer ses propres forces, et cela pour un temps indéterminé. Un projet que Hayat Tahrir Al-Cham a parfaitement compris, et qu’elle s’est offerte de favoriser en combattant les forces kurdes. De là sans doute l’abandon pur et simple par les Turcs du FNL, qui dès lors a volé en éclats. La Turquie d’Erdogan est d’un machiavélisme rare. Depuis maintenant près de huit ans qu’on le voit à l’œuvre, on peut dire qu’il est sans limite. Tous les Etats, certes, se montrent peu ou prou machiavéliques dans la défense de leurs intérêts, en particulier ceux qui ne sont pas avouables, mais dans ce sport-là, on peut dire que la Turquie a repoussé les limites du possible. A quel moment le président turc a-t-il conçu le projet de s’emparer de la partie nord de la Syrie ? Peut-être dès l’instant où il est arrivé à la conclusion que la Syrie d’avant 2011 ne reverrait plus jamais le jour, et que les deux superpuissances, condamnées à se faire pièce mutuellement, ne s’entendraient jamais sur son dos. Parmi toutes les puissances impliquées dans le conflit syrien, il n’y a que la Turquie qui a commencé dans un camp, en apparence tout au moins, et qui a fini dans l’autre, tout aussi faussement d’ailleurs. Tant qu’elle pensait que les Etats-Unis ne laisseraient pas faire la Russie, elle ne s’est pas gênée pour abattre un avion russe, qui avait à peine pénétré dans son espace aérien. Depuis elle a compris que l’Otan ne la protègerait pas contre des représailles russes. C’est alors qu’Erdogan a commencé à se rapprocher de Poutine. On connait la suite. Pendant toute cette évolution, la Turquie était tendu vers un seul but : prendre pour toujours une part de la Syrie. Il est vrai qu’en l’occurrence pour elle prendre, c’est reprendre. De son point de vue, elle ne cherche pas à conquérir mais à récupérer ce qui un jour lui avait appartenu.


 


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