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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 19/05/2019


Si l'offensive sur Tripoli devait échouer


 L’offensive sur Tripoli de l'Armée nationale libyenne obéissant aux ordres du maréchal Haftar, mais relevant politiquement du Parlement de Tobrouk, ce qu'on a tendance à passer sous silence, a si peu avancé depuis son lancement qu'on se demande si en fait elle n'a pas échoué, et si la phase suivante n'est pas celle du retrait de l'ANL aux positions d'où elle était partie le 4 avril dernier. Bien entendu, rien pour le moment ne permet de tirer cette conclusion. Rien sinon le fait qu'on semble unanime à penser que cette offensive a été conçue pour se faire à grande allure, autant dire en un tour de main, et pour donner lieu à un minimum de victimes civiles et de destructions matérielles. Ce n'était d'ailleurs qu'à ce prix qu'elle était assurée de ne pas être condamnée par la communauté internationale. Il fallait pour ainsi dire que la capitale libyenne soit prise par surprise, ou dans son sommeil, en tout cas avant qu'elle n'ait pu organiser sa défense. Quelques jours seulement, pensait-on, devraient suffire à cette tâche. Mais comme Tripoli a eu le temps de se réveiller avant de diriger ses troupes vers là où l'assaillant était apparu, ce qui devait être une rapide promenade de santé a pris une autre tournure. Résultat : un mois et demi après son lancement l'offensive est toujours bloquée aux abords sud de la ville, à croire qu'elle n'a fait aucun progrès depuis le premier jour. Quoi de plus naturel dans ces conditions que de voir l'émissaire onusien, Ghassan Salamé, revenir à la charge avec son projet de réunir les principales factions libyennes pour leur faire tenir ce même dialogue national prévu dans Ghadamès, pour les 14 et 15 avril, que l'offensive sur Tripoli a fait capoter ?

Pour lui, cette conférence s’impose d’autant plus que la preuve est maintenant faite qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise libyenne, qu’il n’en existe qu’une seule, qui est politique. Ce n’est pas à un émissaire onusien de dire autre chose, même s’il n’en est pas convaincu lui-même. La réalité, c’est que le camp de Tobrouk a recouru aux armes pour dépasser la crise parce que les négociations, en cours au moins depuis l’accord de Sekhirat, avaient échoué. Et cela pour une raison profonde qui dépasse la volonté des protagonistes. La réunification d’un pays n’est jamais le résultat d’une négociation entre forces égales, mais entre forces inégales. C’est parce qu’une faction est devenue hégémonique que l’unité politique est rétablie. Le camp de Tobrouk a cru avoir accumulé suffisamment de forces pour prendre le dessus sur le camp adverse, et du même coup réunifier la Libye. C’est en vue de ce projet qu’il a fait en sorte que l’accord de Sekhirat, qui donne l’hégémonie au camp le plus faible sur le terrain, ne se traduise jamais dans la réalité. S’il échoue à prendre militairement Tripoli, une hypothèse qui va se renforçant, mais que cependant il conserve assez de forces pour ne pas être écrasé par suite d’une contre-attaque de Tripoli, ce ne sera pas pour entrer dans des pourparlers de paix, comme l’espère ou le croit Ghassan Salamé, mais pour envisager sérieusement l’autre solution, et qui du reste n’est pas moins politique que celle de la réunification. Lorsque quelque part un Etat s’est divisé en deux entités, qui l’une comme l’autre se révèlent incapables de le réunifier sous leur hégémonie, il reste une solution autre que la crise perpétuelle, ou la guerre toujours recommencée. Elle consiste à accepter la division, à transformer les entités en deux Etats indépendants l’un de l’autre. La Libye n’en est pas là. Mais si l’offensive sur Tripoli échoue bel et bien, et sans que pour cela Tripoli ne soit en mesure de prendre Tobrouk en contre-attaquant, la division pourrait bien alors être considérée non plus comme quelque chose de conjoncturel mais de définitif.


 


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