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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 17/08/2017


La paix, don de la bombe


 Pas plus que les Etats-Unis n’ont envie de faire la guerre à la Corée du Nord, celle-ci n’en cherche une avec eux. Les premiers savent très bien d’ailleurs ce que veut la seconde : être reconnue par eux comme une puissance nucléaire, et du même coup les voir lever l’espèce de blocus dans lequel ils l’enserrent depuis des années. La bombe atomique n’est pas une arme comme les autres : elle n’a pas vocation à servir mais à empêcher qu’on s’en sert contre vous. Il n’y aurait eu de bombes ni sur Hiroshima ni sur Nagasaki si à l’époque les Japonais étaient à même de rendre la pareille. Il n’y aurait même pas eu de Guerre du Pacifique, en fait, tant est grand le pouvoir de la dissuasion nucléaire. Américains et Sud-Coréens sont allés dernièrement dans la menace, le défi et la démonstration de force, aussi loin qu’il était possible entre puissances nucléaires. Comme il ne leur restait plus après cela qu’à entrer dans le vif du sujet, ils sont vite revenus à de meilleurs sentiments les uns envers les autres. Une arme qui a ce pouvoir quasi miraculeux de faire tomber la tension quand celle-ci est à son comble, quand la suite logique devrait être l’éclair, la foudre, le claquage, la décharge disruptive, l’apocalypse pour tout dire, on ne devrait pas chercher à interdire sa prolifération, mais au contraire à la favoriser. Il n’y aurait plus de guerre nulle part dans le monde, ce serait le règne de la paix universelle, si tous les pays en avaient.

C'est en tout cas à elle que l'on doit qu'il n'y a pas eu d'autres guerres mondiales après celles du siècle dernier. Sans la bombe nord-coréenne, la guerre n'aurait probablement jamais cessé entre les deux Corée. C'est sa possession par la Corée du Nord qui fait que la Corée du Sud, qui n'en a pas, mais qui pourrait sans doute en avoir, cherche le dialogue avec sa voisine, ou plutôt avec sa moitié. C'est au moment donc où Kim Jong-Un n'attendait plus que le plan de ses généraux pour attaquer l'île américaine de Guam qu'il a décidé de s'accorder un délai supplémentaire de réflexion et d'observation, dont il fait dépendre la longueur des actes du président américain. Toute la dissuasion nucléaire est dans ce brusque pas en arrière, au moment exact où il semble que le point de non-retour a d'ores et déjà été atteint. Il en est une version toute récente, une extension de la première, qui elle repose sur la possession effective de l'arme nucléaire, et qui consiste à menacer l'ennemi de s'en fabriquer une, s'il ne vous laisse pas d'autre choix. Les sanctions prises dernièrement par le Congrès contre l'Iran, en réponse à ses essais de missiles balistiques, ont déterminé ce dernier à brandir la menace de sortir de l'accord sur son programme nucléaire. Jusque-là c'était plutôt l'Iran qui se félicitait de l'existence de cet accord, et les Etats-Unis de Trump qui cherchaient le moyen de le dénoncer. C'est maintenant quasiment l'inverse : les Iraniens, qui n'admettent pas les nouvelles sanctions prises à leur encontre, parlent de rompre avec l'accord tandis que les Américains demandent au monde de ne pas se laisser prendre en otage par les Iraniens, de résister au chantage implicite relatif à la bombe, qui en l'occurrence n'existe même pas. Les Américains, mais avec eux tout le monde, se disent que si les Iraniens haussent le ton, c'est qu'ils étaient antérieurement tout près de fabriquer la bombe, que c'était donc un bon accord que celui qu'ils avaient passé avec eux en 2015. On assiste ici à un tournant dans la dissuasion. Ainsi donc, on peut dissuader sans posséder la bombe, juste en brandissant la menace de se l'offrir. Evidemment, pour jouir de ses avantages sans la posséder, la condition est que les autres vous croient effectivement capable de la fabriquer.


 


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