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jeudi 13 juin 2024

Le Président Tebboune au journal allemand «Der Spiegel»: «Emmanuel Macron a porté atteinte à la dignité des Algériens»

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a jugé «très graves» les propos tenus par Emmanuel Macron, mettant en cause l’existence de la nation algérienne avant la colonisation française. «On ne touche pas à l’histoire d’un peuple, on n’humilie pas les Algériens», a déclaré le chef de l’Etat dans un entretien accordé à l’hebdomadaire allemand «Der Spiegel».

Par Meriem Benchaouia

Le Président Tebboune prévient qu’il ne fera pas «le premier pas» pour tenter d’apaiser les tensions provoquées par des propos critiques d’Emmanuel Macron sur la «nation» algérienne. «Je n’ai pas de regrets. Macron a rouvert un vieux conflit de manière totalement inutile», a-t-il dénoncé. «Si Zemmour dit quelque chose comme ça, qu’importe, personne ne fait attention. Mais quand un chef d’État déclare que l’Algérie n’était pas une nation distincte, c’est très grave», fustige-t-il. Dans ces conditions, «je ne serai pas celui qui fera le premier pas», prévient le chef de l’Etat. «Sinon je vais perdre tous les Algériens, il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national». «Aucun Algérien n’accepterait que je contacte ceux qui nous ont insultés», a expliqué Abdelmadjid Tebboune. Pour lui, «ce qui est ressorti, c’est la vieille haine des maîtres coloniaux, et je sais que Macron est loin de penser de cette façon». «Pourquoi a-t-il dit ça ? Je pense que c’était pour des raisons électorales stratégiques», a-t-il estimé. «C’est le même discours que le journaliste d’extrême droite Éric Zemmour utilise depuis longtemps : l’Algérie n’était pas une nation, c’est la France qui en a fait une nation», fait-il valoir. Selon le Président Tebboune, «avec cette déclaration, Macron s’est placé du côté de ceux qui justifient la colonisation». À une question sur la possibilité que la crise entre les deux pays prenne «fin bientôt», le Président Tebboune a répondu par «non». Quant à l’interdiction de survol de l’espace aérien algérien pour les avions militaires français, cette décision est ferme, non négociable et sans appel. «Si les Français veulent aller au Mali ou au Niger maintenant, ils devront juste faire neuf heures de vol au lieu de quatre», rétorque-t-il, assurant toutefois qu’une «exception» serait faite pour «le sauvetage de personnes blessées». «Mais pour tout le reste, nous ne sommes plus obligés de coopérer les uns avec les autres, c’est peut-être terminé maintenant», prévient-il, accusant Emmanuel Macron d’avoir «porté atteinte à la dignité des Algériens». Interrogé par le «Spiegel» sur la réconciliation mémorielle préconisée par le rapport Stora et sur la question d’éventuelles excuses réclamées à la France, M. Tebboune a affirmé que «l’Algérie n’a pas besoin des excuses de M. Macron pour quelque chose qui s’est passé entre 1830 ou 1840, mais d’une pleine et absolue reconnaissance des crimes coloniaux». M. Macron «reconnaît les faits, il a déjà dit en 2017 que la colonisation était un crime contre l’humanité, a précisé le chef d’Etat algérien. La seule chose que nous voulons, c’est que la France reconnaisse les crimes qu’elle a perpétrés». Pour rappel, Emmanuel Macron a déclenché la colère d’Alger après des propos rapportés le 2 octobre par le quotidien «Le Monde», accusant le système «politico-militaire» algérien d’entretenir une «rente mémorielle» en servant à son peuple une «histoire officielle» qui «ne s’appuie pas sur des vérités». D’après «Le Monde», le président français avait également affirmé que «la construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question (…)». Les propos de Macron avaient déclenché une crise ouverte entre les deux pays. L’Algérie avait aussitôt rappelé pour consultation son ambassadeur en poste à Paris et interdit le survol de l’espace aérien algérien par des avions français dans le cadre de l’opération «Barkhane» au Sahel.

L’Algérie pourrait approvisionner l’Europe en énergie solaire
Le Président Tebboune a mis en exergue le «potentiel» existant dans la coopération en matière d’énergies renouvelables entre l’Algérie et l’Allemagne, un potentiel qui pourrait permettre d’approvisionner l’Europe entière en énergie solaire. «Il y a (…) beaucoup de potentiel dans les énergies renouvelables. Avec l’aide de l’Allemagne, nous pourrions approvisionner l’Europe en énergie solaire», a affirmé le président. A une question sur ses attentes par rapport au prochain gouvernement allemand dans le domaine de la coopération bilatérale, le chef de l’Etat a déclaré : «Tout ce qui est possible», affirmant que «l’Allemagne est un modèle pour nous à bien des égards». Evoquant les secteurs de coopération pouvant être développés, il a cité, à titre d’exemple, celui de la santé. «Je voudrais que nous construisions ensemble un grand hôpital à Alger. Un établissement qui couvre toutes les spécialités de la médecine», a-t-il précisé, soulignant que l’Algérie serait disposée à financer une «grande partie» de ce projet. Le Président Tebboune s’est félicité de la qualité des relations politiques entre les deux pays. «Les Allemands nous ont toujours traités avec respect, ils ne nous ont jamais traités avec arrogance, et il n’y a jamais eu de désaccord sur la politique étrangère», a-t-il souligné.

M. B.

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